| Concurrence,
libre marché et antitrust |
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> Espace de travail et de recherche |
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La
concurrence est un sujet épineux. Bien souvent,
le capitalisme est accusé de créer des
monopoles privés, favorisant des situations de
producteur dominant et des prix jugés trop élevés.
Microsoft est depuis des années en première
ligne : voici une multinationale prédatrice qui
est devenue la cible favorite de régulateurs,
hommes politiques et militants de gauche partout dans
le monde. Les accusations peuvent varier d’un
pays à un autre, mais le message est clair :
voilà un prédateur déchaîné
que l’Etat doit encadrer d’urgence.
La
Commission Européenne n’avait pas besoin
de la propagande antimondialiste pour agir : la culpabilité
de l’entreprise n’était pas l’enjeu,
uniquement l’étendue des dégâts
et le montant de l’amende à infliger. Que
le lecteur en soit le juge, à partir du premier
texte de l’Institut Bruno Leoni (Turin, Italie)
et d’autres sources. Eurolibnetwork remercie vivement
les auteurs de nous avoir autorisé de reproduire
ici ce papier important.
La réglementation antitrust aux Etats-Unis et
dans l’Union Européenne a une incidence
croissante sur l’économie mondiale. Or,
comme le suggère la conclusion de notre papier
de référence, les régulateurs antitrust
de part et d’autre de l’Atlantique devront
tenir compte davantage de l’Etat de droit à
l’avenir, au lieu de céder aux pressions
des concurrents d’une entreprise leader, à
moins de disposer de preuves suffisantes pour intenter
un procès.
Cette page est destinée à évoluer
et nous serions heureux de recueillir vos commentaires
ainsi que des suggestions d’autres sources afin
d’enrichir ce dossier.
Document de travail
Super Mario contre
Microsoft : l’histoire d’un jugement fabriqué
d’avance
par
Alberto Mingardi et Paolo Zanetto
Istituto Bruno Leoni (Turin, Italie)
Traduction
française : Jacob Arfwedson
Résumé
| |
-
L’enquête de la Commission européenne
visant Microsoft était encouragée
par ses principaux concurrents, qui ont trouvé
une oreille attentive chez la Task Force concentrations
de l’Union européenne
- Le Commissaire chargé de la concurrence,
M. Monti, a rejeté un bon accord avec Microsoft
purement pour des raisons de fierté
- La décision de M. Monti sera soumise à
la Cour européenne qui a déjà
à plusieurs reprises rejeté ses dossiers
ainsi que ses analyses économiques
- Les injonctions contre Microsoft soulèvent
la question juridique concernant la protection des
droits de propriété intellectuelle
qui constituent l’actif principal de toute
entreprise fabricant de logiciels
- Le dossier antitrust contre Microsoft est fondé
sur des théories qui font fi de l’essence
même de la concurrence
- La décision de M. Monti provient de plaintes
soulevées par les concurrents de Microsoft
et celle-ci va les favoriser plutôt que les
consommateurs
- La décision de M. Monti affaiblit l’industrie
européenne, en créant un précédent
pour ce qu’on a appelé « un Etat-Providence
pour les perdants »
- Cette décision crée un écart
dangereux entre les autorités antitrust des
Etats-Unis et de l’Europe en ce qui concerne
la politique de la concurrence |
Sur
les auteurs :
Alberto
Mingardi est Directeur de l’Institut Bruno Leoni,
chargé des questions de mondialisation et de
concurrence, ainsi que Visiting Fellow du Centre for
the New Europe (Bruxelles) et auteur prolifique.
Paolo
Zanetto est Conseiller politique de l’Institut
Bruno Leoni et consultant.
______________________________________________________
Le
PDG de Microsoft Steve Ballmer n’avait aucun souci
à se faire lorsqu’il est arrivé
à Bruxelles, à neuf fuseaux horaires de
sa ville bien aimée, Seattle. Nous étions
le 16 mars 2004, à huit jours du délai
de l’annonce de la décision du Commissaire
Monti concernant le géant du logiciel. Ballmer
avait rendez-vous avec le Directeur Général
de la DG de la Concurrence, Philip Lowe, pour finaliser
les négociations. Le patron de Microsoft envisageait
de lui porter quelques bonnes nouvelles : afin d’éviter
un conflit, l’entreprise américaine était
prête à accepter l’ensemble des demandes
de l’équipe de Monti. En l’apprenant,
Lowe a exprimé sa satisfaction. Or il ne lui
appartenait pas de prendre la décision finale.
Alors que son bras droit s’apprêtait à
célébrer l’accord, Monti a demandé
l’ajournement de la réunion. Quelques heures
plus tard, les avocats de Microsoft ont été
convoqués pour discuter des nouvelles demandes
de la Commission, inédites jusque-là.
En résumé, toute nouvelle composante de
la prochaine édition du logiciel Windows serait
soumise à l’approbation préalable
de la Commission. Autrement dit, chaque mise à
jour de Windows serait désormais illégale
jusqu’à la preuve du contraire. Une telle
demande ne pouvait que mettre fin aux négociations.
Or c’était le but même de Mario Monti,
ce qu’il a avoué lui-même.
«
En fin de compte, il a fallu que je tranche au nom de
la concurrence et des intérêts des consommateurs
européens. Je pense qu’ils seront mieux
servis par une décision qui crée un précédent
fort », a-t-il déclaré.
Microsoft
fut déclaré coupable d’abus de position
dominante et devra payer une amende de € 497 millions,
soit deux fois le montant attendu. La « Task Force
concentrations » de l’Union européenne
a tenu compte dans son jugement du comportement de Microsoft
aux Etats-Unis, quoique l’administration américaine
ait déjà déposé ses plaintes.
En ce qui concerne les logiciels de serveur, une partie
du code source de Windows doit être divulguée
- c’est-à-dire offerte - aux
concurrents. A cause des objections au sujet du «
bundling » de nouvelles applications du système
d’exploitation, il faudra créer une nouvelle
version de Windows qui ne comprend pas le Media Player
qui sera commercialisée à un prix inférieur.
Les concurrents s’en lèchent les babines.
« Cette décision est fondamentale »,
s’exclame RealNetworks. « Elle facilitera
les conditions concurrentielles de RealNetworks. »
Qui plus est, la décision « n’arrive
certainement pas trop tôt » pour aider l’entreprise
à reconquérir des parts de marché.
S’il
est vrai que la décision constitue un précédent,
il est vrai aussi qu’une telle décision
unilatérale ouvre la voie vers la Cour Européenne,
ce que Microsoft va exploiter. Si l’entreprise
parvient à obtenir une suspension des sanctions
en attendant le procès, comme le pensent beaucoup
d’observateurs, le verdict de Monti sera gelé
pour trois à cinq ans. En outre, Monti n’a
pas bonne presse aux yeux des tribunaux. Le Tribunal
européen de première instance n’a
eu de cesse de rappeler ses réserves au sujet
de la validité du raisonnement économique
de la Commission, ainsi qu’en ce qui concerne
le manque de protection du droit des accusés
de se défendre. Cette fois-ci, ces doutes devraient
se dissiper, ou plutôt ne pas refaire surface,
puisque Microsoft est coupable presque par définition.
Reste à confronter une question incontournable.
« Quelle est l’importance du procès
Microsoft en Europe en définitive ? » Que
signifie ce cirque ? Pourquoi un procès, même
sous peine d’un appel, plutôt qu’un
accord ? C’est le Financial Times qui pose la
question. « La décision de la Commission,
va-t-elle changer les choses ? Est-ce qu’elle
va faire avancer le schmilblick ? ». Non, c’est
l’évidence. Mais le quotidien parie que
« la réponse est probablement dans la décision
elle-même plutôt que dans les mesures concrètes
que la Commission recommande ». Super Mario a
voulu démontrer ses pouvoirs ; voilà qui
est fait.
Une
amende de € 500 millions ne représente qu’une
broutille pour Microsoft qui a une encaisse de $ 53
milliards. La banque d’affaires Goldman Sachs
précise que cette sanction « ne va pas
affecter le bilan de Microsoft, n’est pas un souci
majeur » et les autres injonctions ne devraient
de toute façon « pas sérieusement
modifier le concept de Microsoft ». L’amende
ne représente même pas le montant maximum
que la Commission aurait pu infliger : elle aurait pu
aller jusqu’à $ 3.2 milliards, mais la
Task Force n’a pas voulu pousser la cause de Monti
aussi loin. Puisque sous le régime européen
d’antitrust le procureur fait en même temps
figure de juge, personne ne saurait contester l’analyse
économique du Commissaire - sauf peut-être
ceux qui ont essayé de lui limer les griffes,
par exemple son collègue Frits Bolkestein.
Un
été long et chaud
En
contemplant la vue de son bureau vitré dans le
bâtiment Breydel, le siège de la Commission,
M. Monti pensait aux courtes vacances qu’il avait
prises l’été 2001. Il avait fait
du chemin depuis sa nomination à la tête
de la DG Concurrence presque deux ans auparavant. Son
prestige était sans partage après tant
de vetos opposés à des méga-fusions.
Le 3 juillet, il avait prononcé son veto à
la fusion GE-Honeywell, la plus grande de tous les temps,
déjà approuvée par le service antitrust
du Département de justice américain. Les
autorités antitrust de Washington s’étaient
fait remarquer ces dernières années pour
avoir organisé des chasses aux sorcières
autour du dossier Microsoft. L’enquête visant
la firme de Redmond, non loin de Seattle, avait commencé
en 1996. Il a fallu deux années, à l’affût
de tous les prétextes, pour que le service antitrust
boucle son dossier. Le procès en première
instance débuta le 19 octobre 1998 devant un
juge que l’accusé trouva hostile d’entrée
de jeu. Le verdict tomba le 7 juin 2000. Le juge condamna
sévèrement Microsoft, allant jusqu’à
demander que la société soit découpée
en deux entités distinctes, une pour les systèmes
d’exploitation et l’autre pour les opérations
liées à Internet.
Le
procès en appel débuta le 2 octobre 2000.
Le 28 juin un verdict très inattendu est tombé.
Microsoft n’était pas le monstre infâme
que l’on croyait. Le nouveau jugement cassa pratiquement
toutes les conclusions du tribunal de première
instance, en évacuant à tout jamais l’idée
de démanteler la firme. Microsoft et le Département
de justice devaient négocier un accord à
partir du jugement en appel. En réalité,
l’autorité américaine avait dû
déclarer forfait. Monti n’en revenait pas.
Il a immédiatement ordonné d’intensifier
l’enquête contre Microsoft qui était
dans le collimateur des autorités de Bruxelles
depuis l’arrivée du Commissaire. Le nouveau
dossier était bouclé à la fin août.
Toute une série d’accusations étaient
formulées, dans deux domaines : le « code
secret » de Windows 2000 et la présence
de MediaPlayer dans le système d’exploitation.
L’autre point, encore inédit, était
particulièrement intéressant. Il suffisait
de remplacer « MediaPlayer » par «
Internet Explorer » pour retrouver l’accusation
utilisée aux Etats-Unis, c’est-à-dire
le procès qui avait conduit l’autorité
antitrust de Washington à l’échec.
Or Bruxelles a ses propres règles du jeu. Car
si l’autorité américaine devait
formuler ses chefs d’accusation devant un tiers
- un juge qui se prononce à l’issue
d’un débat opposant le plaignant et la
défense - en Europe l’accusateur
et le juge n’en font qu’un.
Si
la Commission décide que la réponse d’une
entreprise ne satisfait pas aux questions du plaignant,
l’entreprise est coupable. Inutile de faire appel
à un juge ou d’aller plus loin. Ce fut
la chronique d’une culpabilité annoncée
; il était évident que Microsoft serait
condamné.
Un
bon début
Pourtant,
les rapports entre Microsoft et la Commission avaient
débuté de la meilleure manière
possible. La nouvelle Commission avait eu le plaisir
de recevoir Bill Gates en octobre 1999. Les journaux
dissertaient longuement sur les vertus de la nouvelle
économie. Bill Gates, l’homme phare de
la nouvelle classe d’entrepreneurs avait été
invité par le nouveau président de la
Commission, Romano Prodi. Il en est revenu persuadé
qu’il pouvait faire de grandes choses avec l’exécutif
européen. Cet espoir s’est évanoui
en qua tre mois. Monti venait d’ouvrir un autre
dossier. L’unité des fusions de la Commission,
à l’instar de son homologue américain,
avait ouvert une autre enquête visant Microsoft,
l’accusant d’abus de position dominante
par l’intermédiaire de Windows dans le
domaine des systèmes d’exploitation, afin
d’atteindre une position dominante dans celui
des serveurs. Selon Monti, Windows 2000 était
le mieux utilisé uniquement en connexion avec
un serveur utilisant des logiciels de Windows. N’ayant
pas accès au code source, les concurrents de
Microsoft, seraient ainsi défavorisés
dans la concurrence. Le problème qui sous-tend
le raisonnement de la Commission concerne des droits
de propriété intellectuelle. Il est clair
que le code source est l’actif industriel principal
de Microsoft. Demander à l’entreprise de
le délivrer à ses concurrents est un non-sens
économique et juridique. On ne saurait pas davantage
imaginer l’inverse.
L’argument
de la « compatibilité » semble être
une excuse pour s’accaparer d’informations
confidentielles et précieuses afin de recopier
les solutions les plus innovatrices. En vérité,
ceci ne concerne pas la protection étatique de
la propriété intellectuelle ; il s’agit
du droit d’un individu de ne pas partager des
informations précieuses, à l’instar
d’un chef de cuisine qui garde pour lui ses recettes.
Si nous essayons de lui voler ses secrets (dans une
économie contemporaine, aucune autre protection
de ses droits n’est possible), le résultat
est prévisible : à court terme, tout le
monde pourra bénéficier de meilleurs gâteaux,
mais à long terme le chef ne sera plus incité
à concocter de nouvelles recettes afin d’attirer
des clients dans son restaurant. Bref, les innovations
vont cesser, en Europe cela va sans dire.
Dès
son premier communiqué officiel, Monti a reconnu
que les accusations visant Microsoft venaient de ses
concurrents. Dans le texte : l’enquête avait
été ouverte sur la base d’informations
venant « des concurrents de Microsoft ».
Tout comme dans le dossier GE-Honeywell, les représentants
de la Commission semblaient très soucieux de
récolter des preuves contre la société
en examen - sans prendre de réelles précautions
par rapport aux dossiers préparés par
la concurrence.
Le
mois suivant apparut une autre raison d’attaquer
la firme de Seattle. Cette dernière s’était
alliée avec la société de télécommunications
AT&T pour reprendre Telewest, une entreprise de
réseaux câblés. « La Commission
a relevé des doutes sérieux » en
ce qui concerne le projet « à cause de
son impact sur la concurrence dans le marché
de logiciels destinés aux boîtes numériques
pour téléviseurs ». Il semble étrange
de penser qu’il existe un secteur industriel uniquement
concerné par les logiciels qui gèrent
les décodeurs de la télévision
numérique, en particulier en Grande-Bretagne.
Plus curieux encore, l’accusation de monopolisation
visait Microsoft qui était potentiellement intéressée
par une part minimale de Telewest, alors que le géant
AT&T est sorti indemne de l’histoire.
L’enjeu,
semble-t-il, était d’accroître avant
tout la pression exercée sur Microsoft. Lorsque
l’entreprise a répondu en assurant que
Telewest était libre de choisir le logiciel pour
ses boîtes, la Commission a jugé cette
réponse insuffisante. D’après Monti,
Microsoft aurait dû renoncer à sa participation
dans la firme britannique. Plutôt que d’ouvrir
un nouveau front dans la bataille avec la Commission,
la firme de Redmond a annoncé qu’elle abandonnait
le projet. Avec le départ de Microsoft, AT&T
a aussi laissé tomber, et Telewest s’en
est retourné à son ancien système.
Le
7 juin 2000, la nouvelle du lourd jugement contre Microsoft
au tribunal américain de première instance
est tombée. Sentant que le vent soufflait dans
le bon sens, Monti décida d’accélérer
son enquête. Le trois août, la Task Force
concentrations de la Commission a présenté
à Microsoft sa première série d’objections.
Le contenu était déjà connu, mais
il l’accusateur était désormais
clairement identifié. Tout avait commencé
avec Sun Microsystems, le plus gros concurrent de Microsoft
dans le domaine des logiciels de serveur. La Commission
était contente de suivre Sun dans la bataille
contre Microsoft. Mario Monti a brandi son épée
: « Toute entreprise désireuse d’avoir
des activités dans l’Union Européenne
doit respecter ses règles antitrust, et je suis
déterminé d’agir pour leur application
rigoureuse.»
Le
pouvoir de Super Mario
Le
30 août 2001, le conflit s’est intensifié
comme nous l’avons vu, suite au jugement qui a
sauvé Microsoft de ses démêlés
avec l’autorité antitrust américaine.
La nouvelle déclaration d’objections non
seulement a ressorti l’accusation concernant les
serveurs, mais a soulevé un nouveau point essentiel
: le rôle du MediaPlayer dans Windows. D’après
la Commission, l’inclusion de cet outil dans le
système d’exploitation « a privé
les fabricants de PC et les utilisateurs de leur libre
choix ».
Mario
Monti était en guerre : « La Commission
veut aussi voir une concurrence sans distorsions sur
le marché des media players. » Ces produits
« vont révolutionner la manière
dont les gens écoutent la musique ou regardent
des vidéos. »
La
nouvelle accusation ne semblait guère appropriée.
Le Media Player fait partie de Windows depuis 1990.
Rien n’empêche un utilisateur d’installer
un media player différent sur un PC équipé
de Windows, par exemple Real Player. Et comme tout utilisateur
qui télécharge de la musique sur Internet
sait bien, avoir un lecteur de MP3 dans le système
d’exploitation est très pratique, un luxe
indispensable à l’ère des divertissements
numériques. Apple le sait aussi, et offre comme
Microsoft son propre media player, iTunes, intégré
dans le MacOS. Tout utilisateur qui n’en veut
pas peut très facilement en choisir un autre
sur l’un des nombreux sites web qui en proposent.
Quoi qu’il en soit, le consommateur est gagnant
: il vaut mieux avoir deux players qu’un seul.
Pourquoi donc Monti a choisi ce point d’attaque
qui semble si faible à première vue ?
La raison réside dans l’analogie avec le
cas américain.
L’autorité
antitrust de Washington a conçu son enquête
visant Microsoft entièrement à partir
de « bundling » illégal. En résumé,
la firme était accusée d’avoir inclus
Internet Explorer dans Windows 98 pour limiter la concurrence
d’autres fabricants de navigateurs, tels que Netscape.
Après une longue bataille juridique, le juge
Jackson dut se rendre. La pratique de « bundling
» a été jugée acceptable
pour les Etats-Unis. Dans la pratique, l’inclusion
d’Internet Explorer dans Windows 98 n’avait
pas entraîné la disparition de ses concurrents.
A l’époque, les concurrents de Microsoft
avaient peint des scénarios inquiétants,
où Internet serait « entièrement
contrôlé » par l’entreprise
de Bill Gates. Ainsi, il fallait le supprimer afin «
d’assurer l’accès et la disponibilité
des technologies de l’information et à
Internet ». Le procureur général
d’Ohio, Betty Montgomery, parlait au nom du monde
entier lorsqu’elle a exprimé sa peur de
voir Microsoft transformer « l’autoroute
de l’information » en une « autoroute
à péage ».
Quoi
qu’il en soit, non seulement Netscape a survécu
à l’assaut d’Internet Explorer sans
dégâts (il a été racheté
à grands frais par America Online en 1998, pas
vraiment le destin à prévoir pour un logiciel
en voie de disparition), mais il existe aujourd’hui
de nombreux navigateurs alternatifs, dont la plupart
sont à télécharger gratuitement
sur Internet. Le sort de Microsoft Network (MSN) était
semblable, même s’il a subi une transformation
majeure après des débuts difficiles ;
malgré le fait qu’il était inclus
dans chaque PC utilisant Windows 95, il n’a jamais
menacé la suprématie d’AOL. Pourtant,
à l’époque même Business Week
criait au scandale : MSN était l’outil
de Bill Gates pour prendre le contrôle de «
l’autoroute de l’information ».
Regardons
maintenant les choses du point de vue des consommateurs.
Avant le lancement de MSN, AOL facturait les utilisateurs
américains $ 54,20 pour vingt heures de communication
par mois. MSN a fixé son offre de lancement à
moins de $ 20. AOL a suivi en baissant son tarif à
$ 20, et aujourd’hui les programmes de ce type
ne requièrent aucun abonnement. Bref, l’arrivée
de Microsoft sur le marché n’a pas eu pour
effet de relever les prix, ce qui aurait dû se
produire si la firme avait effectivement exercé
un « pouvoir monopolistique ». Au contraire,
les prix sont tombés jusqu’à ce
que … tiens, ils ont disparu !
Or
de telles considérations n’ont pas préoccupé
le Commissaire Monti lorsqu’il a joué la
carte du « bundling ». Peut-être voulait-il
montrer qu’il était capable de défendre
un dossier qui s’était déjà
avéré indéfendable de l’autre
côté de l’Atlantique.
Pendant
ce temps, la bataille juridique allait battre son plein.
Et quelques mois plus tard, une nouvelle a ravivé
les espoirs de Monti. Le 2 novembre 2001, Microsoft
et le Département américain de la justice
(dont un service est chargé des dossiers de concentration)
ont signé un accord. Ce pacte a fixé une
série de limites sur la manière dont les
logiciels sont conçus et commercialisés,
les rapports avec les producteurs de logiciels, et l’accès
aux informations relatives aux fonctionnalités
internes des programmes. Les concurrents de Microsoft
se sont plaints, puisqu’ils ne sauraient gagner
un avantage compétitif de l’accord. Cela
faisait sourire Monti, qui était habitué
à travailler étroitement avec les concurrents
des firmes soumises à son regard critique.
Or
l’attention du Commissaire allait dans une autre
direction. En juin 2002, la Cour européenne a
commencé à rejeter ses décisions
les plus importantes.
Super Mario au tribunal
Lorsque
Monti s’est installé à Bruxelles,
il a déclaré haut et fort que son administration
allait rompre avec le passé, alors que l’objectif
était d’éviter des erreurs juridiques.
Il a immédiatement proclamé que son mandat
de cinq ans serait caractérisé par l’interventionnisme.
Il a donné un premier signe concret quelques
jours après son entrée en fonction, en
refusant la fusion Airtours-First Choice.
Les
statistiques méritent d’être examinées.
Fin 2001 après deux années de travail,
Monti avait refusé huit fusions et reprises.
Au cours de la décennie depuis 1990, la Task
Force ne s’était opposée qu’à
dix opérations de ce genre. En moyenne, le nombre
de vetos avait augmenté de 1 à 4 par an.
De même, il faut tenir compte de la dimension
des opérations refusées par Monti. Le
seul dossier GE-Honeywell avait une valeur économique
impressionnante. Parmi les huit accords refusés,
un seul avait été retiré, alors
que des jugements en appel étaient attendus pour
quatre dossiers supplémentaires. Mais jamais
la Cour européenne n’avait révoqué
une décision émanant de la Task Force.
Le
6 juin 2002, un air de catastrophe imminente flottait
sur Bruxelles, comme si une digue s’était
effondrée. Depuis 1990, date de création
de la Task Force, les appels contre la Commission par
les entreprises désireuses de fusionner n’avaient
jamais abouti, jusqu’au point que les appels se
faisaient rares. Du moins jusqu’à ce jour-là.
Le Tribunal de première instance qui traite les
appels contre les décisions de la Commission,
s’est prononcé sur l’appel d’Airtours
contre la décision (septembre 1999) interdisant
sa fusion avec First Choice Holidays. Le Tribunal a
délibéré en faveur d’Airtours,
rejetant ainsi la décision de la Commission,
un événement sans précédent.
Le
Tribunal écrit : « La Commission a proscrit
la transaction sans avoir prouvé jusqu’à
un niveau juridique requis que la concentration donnerait
naissance à une position dominante collective
des trois principaux tours operators » et qu’elle
aurait « entravé la concurrence effective
». La décision de Monti n’était
pas fondée sur des « preuves effectives
», mais marquée par une série d’erreurs
de jugement. Le Tribunal a souligné des erreurs,
des analyses incomplètes et un manque de preuves
dans la décision. A titre d’exemple, le
Tribunal a demandé une étude du marché
à la Commission, et a obtenu pour toute réponse
un extrait d’une page provenant d’un mémorandum
envoyé par un des concurrents d’Airtours.
| Résultat
des décisions de Monti en matière
de fusions |
| N° |
Décision |
Fusion |
Décision
du Tribunal |
| 1 |
22/9/1999 |
Airtours
- First Choice |
Révoqué
en appel, jugement du 6 juin 2002 |
| 2 |
14/3/2000 |
Volvo
- Scania |
Pas
d’appel |
| 3 |
28/6/2000 |
Mci
Worldcom - Sprint |
Fusion
annulée avant la décision européenne |
| 4 |
31/1/2001 |
SCA
Mölnlycke- Metsäe |
Pas
d’appel |
| 5 |
3/7/2001 |
GE
- Honeywell |
En
attente de jugement en appel (2004) |
| 6 |
10/10/2001 |
Schneider
- Legrand |
Révoqué
en appel, jugement du 22/10/2002 |
| 7 |
17/10/2001 |
CVC
- Lenzing |
Pas
d’appel |
| 8 |
30/10/2001 |
Tetra
Laval - Sidel |
Révoqué
en appel, jugement du 25/10/2002 |
|
N.B.
La Commission n’a opposé aucun veto en
matière de fusion depuis novembre 2001.
Mario
Monti ne s’était pas encore remis du choc
provoqué par la décision de juin, lorsque
le 22 octobre 2002 son pire cauchemar est devenu réalité.
Le Tribunal de première instance avait encore
frappé. Cette fois-ci, il rejeta la décision
d’interdire la fusion Schneider-Legrand. Monti
avait pris cette décision pendant la période
chaude d’octobre 2001, data à laquelle
il bloqua trois fusions en vingt jours. De son point
de vue, les deux fabricants français d’équipement
électriques n’avaient pas fourni des réponses
suffisantes pour justifier leur transaction.
Le
texte justifiant le rejet fut encore plus sévère.
Dans son jugement, « le Tribunal considère
que les erreurs, omissions et irrégularités
dont fait preuve l’analyse de la Commission de
l’impact de la fusion sont d’une gravité
indubitable ». Il écrit que la Task Force
concentrations avait présenté les informations
disponibles d’une façon « sélective
» et ainsi malicieuse. Il dit aussi que les deux
entreprises n’ont pas eu suffisamment la possibilité
de répondre aux objections. Le Tribunal a relevé
des vices de forme correspondant à une violation
du droit de la défense, en se référant
à la discrépance entre la contestation
des accusations et la décision de la Commission,
comme si Monti avait modifié les règles
en cours de partie.
Et
ce n’était pas tout. Trois jours plus tard,
le 25 octobre 2002, devant les regards incrédules
de l’Europe économique et politique, le
Tribunal de première instance annonça
son jugement en appel du dossier relatif à la
fusion Tetra Laval-Sidel. Pour la troisième fois
en cinq mois, et pour la seconde fois en une semaine,
le Tribunal rejeta une décision de Monti.
Et dire que, avant l’ère de Super Mario,
la Direction de la concurrence avait gagné chaque
fois en appel. Ce fut un vrai séisme pour la
Commission, et cela d’autant plus pour les hommes
de Monti.
Une
fois de plus, le jugement du Tribunal critique sévèrement
l’analyse économique de l’autorité
antitrust. « La Commission commit des erreurs
d’évaluation manifestes. » Il fut
cinglant quant aux théories de Monti sur les
effets négatifs des conglomérats sur la
concurrence (également utilisés dans le
veto sur GE-Honeywell) : « Etant donné
que les effets d’une fusion de type conglomérat
sont généralement considérés
comme neutres, voire bénéfiques, pour
la concurrence », la Task Force devrait produire
une analyse « particulièrement approfondie
» afin de fournir des « preuves convaincantes
» de l’impact négatif de la fusion
sur la concurrence. Le Tribunal déclara que le
fait que l’entreprise qui met en œuvre le
rachat allait acquérir une position dominante
était en lui-même insuffisant pour conclure
qu’une réduction de la concurrence potentielle
ne revienne à renforcer la position de l’entreprise
».
A
la suite de l’annonce du troisième jugement
contrariant, Monti a convoqué une conférence
de presse pour réagir. « Ce jugement constitue
un revers majeur pour nous », admit le Commissaire,
tout en refusant de démissionner. Selon The Economist,
« ces jugements ont sérieusement ébranlé
la crédibilité déjà écornée
de M. Monti ». Le magazine avait surnommé
le Commissaire « l’équivalent de
Saddam Hussein pour le monde des entreprises »,
lors de son refus de la fusion GE-Honeywell.
Le
premier départ fut celui du Directeur général
Alexander Schaub. Il a accepté l’invitation
du Commissaire Bolkestein de le rejoindre à la
Direction du marché intérieur. Monti a
nommé le Britannique Philip Lowe pour le remplacer.
La priorité du nouveau tandem Monti-Lowe était
d’éviter tout incident embarrassant à
l’avenir. C’est ainsi que, après
avoir essuyé trois échecs lancinants en
2002, la Commission s’est gardée de bloquer
des fusions parmi les 500 dossiers examinés depuis.
Y compris les plus controversés. Le rachat de
P&O Cruises ($ 5.6 milliards) par Carnival fut autorisé
sans hésitation, de même que celui par
l’ennemi de Bruxelles, General Electric, d’Instrumentarium
medical equipment ($2.3 milliards) et du britannique
Amersham ($ 6.6 milliards).
En
attendant le verdict du Tribunal sur l’appel concernant
GE-Honeywell qui devrait intervenir avant la fin 2004,
la dernière défaite de Monti fut le cas
Volkswagen. Le 3 décembre 2003, le Tribunal a
accepté l’appel du fabricant allemand d’automobiles
relatif à l’amende de $ 37 millions que
la Commission lui avait infligée en 2001.
Le
dossier concernait les relations commerciales entre
la société et ses concessionnaires allemands
ayant pour objet de soutenir le prix du modèle
Passat. Le Tribunal déclara que la Commission
n’avait pu prouver l’existence d’un
« acquiescement réel par les concessionnaires»
par rapport aux pratiques anti-concurrentielles présumées.
L’aspect le plus intéressant de ce verdict
fut la réaction du bureau de Mario Monti.
La Task Force dut exprimer son « exaspération
» face à un énième désaveu
par le Tribunal. Féroce, le porte-parole de Monti,
Tilman Lueder déclara : « Si le Tribunal
dit que nous devons prouver davantage, alors nous ne
pourrons plus monter ce genre de dossiers à l’avenir.
» En attendant la fin de son mandat, Monti a également
pris soin de ne pas multiplier les amendes pour pratiques
anti-concurrentielles. Il allait concentrer son énergie
sur la grande finale avec Microsoft.
Un jugement fabriqué d’avance
Le
Commissaire chargé de la concurrence savait parfaitement
qu’au 1er mai 2004, deux innovations majeures
allaient être introduites dans le fonctionnement
de l’autorité antitrust : une réforme
de la manière dont la Commission enquête
sur les entreprises (le « code Monti »)
et la demande de mesures contre les entreprises à
convenir avec les dix nouveaux commissaires. Certains
d’entre eux auraient éventuellement exprimé
des doutes quant à la dernière grande
sensation de Monti. Ainsi, il était capital d’amorcer
la prochaine scène dans le drame de Microsoft.
Le Commissaire a fixé un délai lors d’une
conférence de presse le 6 août 2003. Tout
était dans l’intitulé : «
La Commission donne la dernière chance à
Microsoft de commenter avant de conclure son enquête
antitrust ». Dans les faits, « la conclusion
préliminaire est que les abus de Microsoft continuent
comme avant ».
En
ce qui concerne les conséquences du jugement,
Monti a clairement énoncé ses diktats.
Microsoft devait « révéler les informations
nécessaires sur l’interface pour que les
producteurs concurrents de serveurs bas de gamme bénéficient
de conditions concurrentielles équitables ».
Il y avait deux solutions alternatives au problème
du « bundling » : soit « déconnecter
le Media Player de Windows » soit « offrir
des media players concurrents avec Windows ».
Ces demandes sont particulièrement intéressantes
compte tenu de l’échec des négociations,
alors que Microsoft avait accepté ces mêmes
conditions lors de la réunion de Steve Ballmer
et la Task Force le 16 mars 2004. Microsoft devait témoigner
devant la Task Force le 12 novembre. Lorsque ses représentants
se retrouvaient devant l’équipe de Monti,
ils se sont rendus compte que les solutions possibles
étaient limitées. De plus, la Task Force
a déclaré que le contenu de la réunion
à huis clos serait diffusé à d’autres,
soit à la concurrence. A Sun tout d’abord,
qui était l’entreprise qui en premier avait
poussé la Commission à enclencher le procès,
ainsi que le lobby qu’elle avait mis en place
pour combattre Microsoft, la Computer and Communications
Industry Association , ainsi que deux concurrents directs,
Real Networks et Novell.
Dans
une tentative d’accélérer le processus,
Monti a diffusé « officieusement »
à la presse le texte du projet de jugement contre
Microsoft. Le jugement était prêt. La Task
Force exigeait la reddition sans conditions. Le 16 février,
Microsoft apporta sa dernière proposition d’accord
devant la Commission : la firme déclara forfait
et consentit à distribuer un CD-ROM réunissant
les media players concurrents avec chaque paquet Windows.
Une concession sans précédent, à
la limite du masochisme. Or ce n’était
pas assez. La Task Force rejeta la proposition, arguant
que tous les utilisateurs n’allaient pas effectivement
installer le CD-ROM. L’équipe de Monti
semblait penser qu’il était nécessaire
de s’assurer que tous les consommateurs utilisent
un media player autre que celui incorporé dans
Windows.
En
ce qui concerne les accusations relatives à la
compatibilité de Windows sur PC et serveurs,
un secours inattendu de dernière minute est arrivé.
Alexander Schaub, directeur général du
marché intérieur et ancien patron de la
Task Force jusqu’en 2002, avait travaillé
avec Monti au début de l’enquête
sur Microsoft. Dans sa nouvelle fonction aux côtés
de Frits Bolkestein, Commissaire du marché intérieur,
il se sentait le devoir d’intervenir. Les injonctions
visant Microsoft étaient intolérables.
En particulier, l’idée de demander à
la société de révéler le
code source de Windows équivaudrait à
une violation par la Commission des accords internationaux
sur la propriété intellectuelle, risquant
un procès d’envergure aux conséquences
potentiellement désastreuses. Les arguments de
Schaub ont convaincu Bolkestein d’intervenir pour
convaincre Monti de ne pas emprunter une voie si périlleuse.
En
attendant, l’équipe de Microsoft continuait
ses visites au bureau de la Task Force. Sa dernière
proposition, acceptant l’ensemble des solutions
de la Commission à partir d’août
2003, a fourni aux concurrents les protocoles techniques
utilisés par la société pour relier
ses produits Windows pour PC et serveurs. La proposition
de la société incluait même la possibilité
d’inclure deux media players concurrents dans
Windows. « Un compromis sensé »,
selon le New York Times. Mais Monti refusa, ce qui a
déclenché la critique d’observateurs
de taille de l’autre côté de l’Atlantique.
Le Wall Street Journal fut clair : « Pour résumer,
ce jugement est mauvais pour la technologie, mauvais
pour les rapports entre l’Europe et les Etats-Unis,
et mauvais pour les consommateurs. » Qui plus
est, « l’Union européenne montre
très clairement qu’elle met les intérêts
des concurrents de Microsoft devant les intérêts
des consommateurs, de la concurrence et de la croissance.
»
Exceptionnellement,
le New York Times était d’accord avec le
quotidien financier : « Les demandes de M. Monti
menaceraient le concept de Microsoft, voire nuiraient
aux consommateurs. La définition même du
système d’exploitation serait essentiellement
gelée à son niveau actuel. »
Le
Financial Times de Londres a comparé les autorités
d’antitrust de part et d’autre de l’Atlantique.
« Loin de promouvoir les intérêts
des consommateurs, ce dernier ordre de l’Union
européenne transforme la réglementation
antitrust en un programme d’assistance publique
aux entreprises non performantes. Les conséquences
ne se limiteront pas au cas de Microsoft. » Autrement
dit, si les règles antitrust demeurent inchangées,
le résultat sera que « les intérêts
particuliers vont défendre leurs préférences
afin d’exercer le plus de pouvoir politique possible.
Ce qui va produire moins d’emplois, moins d’innovation,
des produits médiocres et des prix plus élevés.
Le
Commissaire n’a pas répondu aux attaques.
Il les a esquivées avec élégance.
Certes, il sait que ce ne sera pas à lui de gérer
la suite des événements, l’appel
et la bataille devant le Tribunal. Il retournera dans
sa belle maison de Milan, en attendant une nouvelle
fonction. Sa réputation est intacte, brillant
au Panthéon des petits héros. Il sera
diminué et s’en retournera à l’Ouest,
mais il va rester Super Mario.
______________________________________________________
1 Dombey (2004c).
2 Dombey (2004d).
3 Gray (2004).
4 Commission Européenne (2004c).
5 Dombey (2004e).
6 Commission Européenne (2004c).
7 Milliken (2004).
8 Microsoft Corp. (2004).
9 Mitchener (2004).
10 Dombey (2004b).
11 Microsoft Corp. (2003).
12 Mitchener (2004).
13 Dombey (2004e).
14 Dombey (2004a).
15 Commission Européenne (2001).
16 Wired Magazine (2002).
17 Kehoe (2001).
18 Commission Européenne (2000a).
19 Commission Européenne (2000b).
20 Commission Européenne (2000b).
21 Commission Européenne (2000a).
22 Commission Européenne (2000a).
23 Commission Européenne (2000b).
24 Monti (2000).
25 Commission Européenne (2004c).
26 Wired Magazine (2002).
27 Commission Européenne (2004c).
28 Idem.
29 Idem.
30 Commission Européenne (2001b).
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